( 28 novembre, 2010 )

L’égalité sociale: une priorité pour le Président du PSM

Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais 

 « Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite » RAOS  Ancien maire de la commune de Koungou, historien de profession, Saïd AHAMADI dit RAOS préside le Parti Social Mahorais (PSM). Quadragénaire, père d’un enfant, cet ancien maire est, d’après un sondage IPSOS, l’homme politique le mieux écouté de la population mahoraise et a été classé par ce même sondage 2ème personnalité politique le plus appréciée des jeunes de Mayotte. Véritable Robin des bois moderne,  RAOS ne fait pas de la politique pour épater la galerie. C’est vraiment par pur esprit de générosité qu’il s’est lancé dans le combat politique. La preuve, c’est avec honnêteté et franchise qu’il a répondu à nos questions. Interview.  

No man’s land : Monsieur RAOS, parlez-nous de votre entrée en politique ?  RAOS : Je me suis engagé dans la politique à Mayotte car la plupart des Mahorais connaissent une souffrance sociale. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi bien rémunéré. Les adultes femmes ne bénéficient pas d’allocations familiales au même niveau que leurs compatriotes des autres DOM et de l’Hexagone. Il n’y a pas d’Assedic à Mayotte pour aider les personnes qui ont perdu leur travail. Il n’y pas de revenu minimum d’insertion (RMI) pour les actifs de plus de 26 ans qui n’arrivent pas à avoir du travail. Les enfants ne sont pas valorisés parce qu’ils n’ont pas de cantines scolaires. Beaucoup de Mahorais ont des difficultés administratives parce que l’école publique a été négligée par le ministère de l’éducation nationale depuis la présence de la France à Mayotte qui remonte à 1843. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’engager dans la vie politique après avoir œuvré depuis des années dans le milieu associatif, en particulier dans l’association les ENFANTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE que j’ai créée en 1996 pour venir en aide à tous les habitants de Mayotte qui rencontrent des difficultés administratives à obtenir des papiers d’identité. 

No man’s land : Un petit mot sur cette association, monsieur RAOS… RAOS : Cette association aidait les habitants qui sont nés à Anjouan, Mohéli, Grande-Comore, qui se sont installés à Mayotte avant l’indépendance des Comores en 1975. Parce que ces derniers sont Français dès lors qu’ils le réclament. Depuis 1946, ces îles ci-dessus citées formaient le territoire français d’outre-mer des Comores. L’association n’est pas dissoute, elle existe encore. Seulement le temps me fait défaut. A partir de 1997, j’ai commencé à militer à Mayotte dans la formation socialiste pour mieux aider ces populations démunies car ne parlant pas correctement français et par conséquent ignorant leurs droits. 

No man’s land : Résumez-nous en une phrase les visées de votre parti, le PSM.  RAOS : Le Parti Social Mahorais vise à l’égalité républicaine à Mayotte. C’est pour qu’il n’y ait plus de Français de seconde zone à Mayotte que j’ai créé mon parti. 

No man’s land : D’après des chiffres officiels, à Mayotte il y a plus de 60% d’analphabètes en français.  RAOS : Ce n’est pas vrai. C’est une utopie. 65% des Mahorais ont moins de 25ans. Déjà la population de Mayotte est une population scolarisée depuis 1985. La scolarisation depuis cette année-là est obligatoire. Par contre dire que 50% de plus de 50 ans ne parlent pas français, ça je peux l’accepter. 

No man’s land : Au jour d’aujourd’hui on dénombre beaucoup de jeunes déscolarisés à Mayotte.  RAOS : Les Mahorais ne sont pas déscolarisés. Ces sont les enfants d’étrangers qui le sont. Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas s’inscrire à la Mission locale ni faire des formations en alternance. Les Mahorais eux peuvent faire des études jusqu’en 3ème. Mais au-delà de la 3ème, beaucoup ont des difficultés d’orientation pour cause de manque de structure scolaire.  Les établissements pour accueillir les élèves font défaut. Soit ces jeunes se retrouvent dans la rue sans qualifications, soit selon les possibilités des familles, ils partent à la Réunion ou en France. 

No mans’ land : Monsieur RAOS, appelons un chat un chat. D’après vous la plupart des jeunes Mahorais se retrouvent après la 3ème déscolarisés… RAOS : Non pas la plupart. Beaucoup vont au lycée. Néanmoins c’est malheureux qu’un élève ne puisse pas avoir d’orientation par manque de structure. Mais tout cela, c’est la responsabilité du ministère de l’éducation nationale. 

No man’s land : Vous vous intéressez beaucoup à la société comorienne. Autrement dit, pourquoi accordiez-vous beaucoup d’intérêt à la société comorienne ?  RAOS : Je ne connaissais pas la société comorienne avant 2001. Je n’avais jamais mis les pieds aux Comores indépendantes avant 2001. C’est après avoir été élu maire de Koungou et confronté à un problème d’investissement que je me suis mis à m’intéresser à la société comorienne. J’ai investi parallèlement beaucoup d’énergie et d’argent pour connaître les voisins. Parmi les élus de Mayotte, je suis le seul qui ait pu œuvrer dans la compréhension des voisins comoriens qui sont pour beaucoup des frères, des cousins et des sœurs. 

No man’s land : Vous venez d’évoquer un problème d’investissement. C’était quoi exactement ?  RAOS : En 2001, j’avais un projet de construction d’un lycée technique dans la commune de Koungou, au lieu-dit Mgombani entre Kangani et Longoni pour justement faire en sorte que les jeunes mahorais soient qualifiés dans le domaine technique. A Mayotte, les lycées techniques, il y en a mais peu. Les élèves ne connaissent alors que l’enseignement théorique, les études longues. Pourtant la formation technique est importante pour développer Mayotte. Il faut vraiment former des cadres spécialisés dans le domaine technique. Le lycée devait être construit dans la zone industrielle de Longoni. Mais le Directeur de l’Equipement de l’époque était hostile au projet. Alors que le terrain existait pour accueillir le projet. Les services de l’Etat comme la direction de l’Equipement avaient une autre visée sur le terrain. Comme il y avait une entreprise de gaz dans la zone, le Directeur de l’Equipment m’a dit qu’il n’était pas possible d’y construire un établissement scolaire. Et il m’avait donné l’exemple de l’accident AZDF à Toulouse. Le propriétaire de l’entreprise de gaz était originaire de la Grande-Comore et était aussi propriétaire de l’entreprise Gaz-Com basée à Moroni. C’est dans ce sens que je me suis rendu à Moroni pour discuter avec ce responsable. Et j’ai constaté que le Directeur de l’Equipement avait bluffé. C’était une unité de production de gaz médical, non pas de gaz combustible. Une suspicion s’est installée entre moi et quelques services de l’Etat qui avait voulu mentir à un élu de la République. J’ai donc pris mes distances avec les services de l’équipement … A la fin le projet n’a pas eu lieu 

No man’s land : Ce n’est un secret pour personne. Mayotte est une île, elle ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin d’ouverture. Et elle peut recevoir chaque année tout l’or des réserves d’or français, elle ne saurait s’en sortir sans une coopération avec les pays limitrophes. Vous, monsieur RAOS, lorsque vous étiez maire qu’avez-vous fait dans le domaine de la coopération régionale ?  RAOS : J’avais envisagé d’aider la commune de Mutsamudu à Anjouan parce que je trouvais le maire monsieur M’Baldé très actif. Je voulais lui céder des camions réformés de la commune de Koungou parce que son institution était prête à réparer les camions afin que le ramassage des ordures soit fait dans la commune. Et nous avions entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France à Moroni et auprès du ministère de la coopération à Anjouan, mais le projet a été torpillé. Par qui ? Je ne sais pas. 

J’avais aussi entrepris des projets de jumelage en vue d’entreprendre une formation des agents de la commune de Mutsamudu par des cadres municipaux mahorais. En 2007, j’appliquais juste le contenu des accords du 27 janvier 2000, signés à Paris par tous les partis politiques de Mayotte représentés au Conseil général à l’exception du Mouvement Départemental Mahorais (MDM). Cet accord stipulait que l’insertion de Mayotte dans son environnement régional est une priorité. 

J’ai aussi mené un travail auprès de l’ambassade de France à Moroni dans le domaine de l’état-civil au niveau de la lutte contre la fraude de papiers d’état-civil. On a été bien reçu par les agents de l’Ambassade. Et plein d’actions et facilitations de régularisation ont été obtenues pour des ressortissants comoriens à Mayotte. C’est dans ce sens que je suis devenu l’élu de la coopération régionale. No man’s land : Au début du mois, monsieur Saïd Omar Oili, ancien Président du Conseil général de Mayotte, a saisi le ministère des affaires sociales françaises quant au problème des enfants des rues à Mayotte. Des enfants dont les parents sont soit morts dans un naufrage en voulant rentrer clandestinement à Mayotte soit expulsés de l’île faute de papiers français.  

RAOS : Saïd Omar Oili n’a pas été le premier à évoquer cette question. Le travail que j’ai fait durant tout mon mandat a été de sensibiliser les services étatiques et les autorités locales sur ce problème lié au visa Balladur. Je suis indigné de voir qu’aujourd’hui dans un pays comme la France, on observe sur le territoire de Mayotte des poches de non-droit. Et le fait que Saïd Omar Oili saisisse le ministère des affaires sociales est une bonne chose. Il faut que le ministère des affaires sociales à travers la DASS aide ces enfants à avoir des familles d’accueil et à accéder à l’éducation. Il ne faut pas oublier qu’à Mayotte l’école est obligatoire de 6 à 16 ans. Il ne faut surtout pas que ces enfants constituent des bombes à retardement dans les années à venir. L’Etat français a signé la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Et dans cette charte chaque enfant a droit à un nom, à un prénom, à une famille, à une éducation, à la santé quelque soit l’origine sociale, ethnique, raciale ou religieuse de l’enfant. Dans mon livre intitulé « Mayotte j’écris ton nom », je dis clairement à la page 291 que « certains enfants, dont les parents ont été expulsés par les garants des « droits de l’homme », errent malheureusement dans les rues de Mayotte comme Cosette à l’époque de Victor Hugo en métropole. Cette situation inhumaine de ces « enfants clochards » est le résultat d’un travail administratif pensé et réalisé aveuglement par des fonctionnaires armés qui ne pensent qu’à leur carrière. » No man’s land : Mais récemment à la télévision, le Préfet de Mayotte, représentant du gouvernement français sur le territoire, a affirmé que chaque année, de l’argent destiné à aider ces enfants en difficulté est donné au Conseil général de Mayotte.  

RAOS : J’ai donné mon ouvrage au préfet en mars 2010. Bien avant l’intervention de Saïd Omar Oili. Juste pour rectifier, je suis à l’origine de ce travail. Et entre ce que dit et fait le préfet de Mayotte, il y a deux mondes. Moi ce que je veux, ce sont des actes. Les enfants errent toujours, et aucune solution réelle n’a été trouvée. Et quand le Préfet parle du Conseil général, il faut savoir que cette institution est endettée. Le Parti Social Mahorais est scandalisé par cette situation qui montre la faiblesse de l’Etat et du Conseil général dans leurs missions respectives dans la protection des personnes, notamment les plus démunies. No man’s land : Partout en France, les gens descendent dans les rues, se mobilisent contre la réforme des retraites. A Mayotte, personne ne parle de la réforme, comme si elle n’intéressait pas les Mahorais.  

RAOS : Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite. L’espérance de vie à Mayotte est au maximum de 60 ans. Le Mahorais qui est confronté à maints problèmes sociaux qui écourtent sa vie souhaite une amélioration de la vie d’aujourd’hui. Pas de mobilisation contre une réforme des retraites qu’il ne maîtrise pas du tout. Le pacte sarkozyen de la départementalisation annonce l’égalité sociale seulement en 2020-2035. No man’s land : Beaucoup de Mahorais partent à la Réunion ou en France où ils espèrent avoir une vie meilleure et subvenir aux besoins de leur famille restée sur l’île… 

RAOS : Chaque Mahorais a envie de rester à Mayotte. J’ai créé mon parti dans le seul but de pousser les Mahorais à rester à Mayotte. Le Mahorais est considéré comme l’égal du Métropolitain une fois arrivé dans l’Hexagone. Là-bas, il recouvre ses droits sociaux. J’ai bien conscience que c’est une politique sournoise de l’Etat français d’exiler les Mahorais en métropole et à la Réunion. Si l’aide sociale était à l’identique à Mayotte, aucun Mahorais ne quitterait l’île. Les Mahorais revendiquent l’égalité républicaine. Par ailleurs, ce n’est pas 30 000 personnes qui vont bénéficier des aides sociales qui feront en sorte que le gouvernement français soit en faillite. Parce qu’encore une fois, selon les autorités étatiques, il faut attendre 2025 pour que l’égalité sociale soit effective à Mayotte. A vrai dire, on ne peut pas dire que ceux qui sont partis soutiennent financièrement ceux qui sont restés à Mayotte. C’est un préjugé qu’il faut détruire. Tu ne peux pas faire des économies en France avec les revenus du RSA (revenu de solidarité active) évalués à moins de 500€ par personne. Le seuil de pauvreté en France est à 900 euros. Et la plupart des Mahorais vivent au  seuil de pauvreté là-bas. Dans une société de consommation comme la France, comment arrivera-t-on à vivre avec 900 euros par mois. Pour être honnête, ceux qui sont partis survivent et ceux qui sont restés dans l’archipel survivent aussi. La différence, c’est que ceux qui sont partis sont loin de leur terre, de leur famille, des regards des autres ; donc, ils vivent bien la chose. Et à vrai dire, cette émigration fait qu’il n’y a pas de développement social à Mayotte. 

Vous êtes-vous rendu compte qu’on parle aujourd’hui à Mayotte de surendettement. La plupart des Mahorais sont endettés. Ici aussi, on n’est pas épargné par la société de consommation, le téléphone portable, les voitures … Et s’il n’y avait pas la solidarité mahoraise, beaucoup de Mahorais seraient à la rue. A Mayotte, les salaires ne sont pas conformes à la réalité du coût de la vie. Et les centres de distribution de l’île pratiquent des prix qui ne sont pas calculés selon le niveau de vie des Mahorais, mais des fonctionnaires métropolitains de l’Etat. Ce qui fait que beaucoup de Mahorais sont insolvables.  Les prix ne sont pas à  la portée du pouvoir d’achat du Mahorais, seuls les fonctionnaires expatriés arrivent à s’en sortir dans cette situation puisqu’ils perçoivent des primes en plus de leurs salaires. Toutefois, puisque ces fonctionnaires sont Français, les primes qu’ils perçoivent ne sont pas justifiées.  Parce que normalement les primes sont octroyées à des fonctionnaires travaillant sur un territoire étranger à la France. Donc, le mot expatrié n’a pas de sens à Mayotte. Parce que Mayotte fait partie de la patrie française. Ces fonctionnaires ne sont pas expatriés à Mayotte. No man’s land : On vient d’annoncer à la radio, que vous vous porterez candidat aux prochaines municipales. Est-ce exact ?  

RAOS : Je suis Mahorais. Je vis au jour le jour. Je ne peux pas parler de l’avenir. Et si je suis candidat, cela ne veut pas dire que je serai élu. Je trouve qu’il est très tôt pour moi de présenter mon programme. Toutefois, je n’ai pas de projet particulier. Sinon peut-être celui de faire en sorte que Mayotte ait l’égalité sociale. D’ailleurs le jour où Mayotte aura l’égalité sociale, mon parti n’aura plus de raison d’être. 
 

Ancien maire de Koungou (mars 2001-mars 2008)

Entretien réalisé à Mamoudzou, début octobre 2010. 

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